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24/02/2013

FAIRE NAITRE UN POULAIN

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Dès Février les chaleurs des juments reviennent, et d'ici un mois les haras ouvriront leurs portes pour une nouvelle saison de reproduction. Voici donc quelques conseils si vous désirez faire reproduire.

1.l'étalon
Quelle belle aventure que de faire naitre un poulain!Car il s'agit bel et bien d'une aventure, du début jusqu'à la fin.Tout d'abord, trouver le bon étalon est plus compliqué que ça en a l'air. La question est de savoir à quoi on destine le futur poulain: sport ou loisir? Inutile en effet de mettre cher dans une saillie si on désire simplement un bon cheval de compagnie avec lequel on ira  se balader. Il y a des chevaux qui ne seront jamais champions de quoi que ce soit mais qui font d'excellents compagnons. Si on veut avoir un cheval de sport, il faut étudier attentivement la lignée maternelle et la lignée paternelle pour éviter la consanguinité, et s'intéresser aux qualités et défauts des futurs parents pour rectifier des défauts ou ajouter des qualités: autant dire un casse-tete surtout lorsque l'on est de simples amateurs. Le mieux est de se faire aider par des connaisseurs, d'autant plus qu'il y a un très grand nombre d'étalons. La tentation est grande de prendre les étalons à la mode. Il faut savoir quand-même qu'un champion ne donne pas que des champions, autrement ce serait trop facile! Tout dépend de ce que vous voulez faire du poulain: le vendre dès le sevrage ou le garder. Si vous voulez le vendre le plus tôt possible, mieux vaut jouer à fond la carte de la génétique: avec une lignée de champions, vous aurez plus de chances de le vendre à 6 mois. Si vous voulez le garder pour le travailler,vous pouvez miser sur un étalon moins connu et qui gagnera à l'être si votre cheval fait des performances dans l'avenir. Et vous pourrez tout aussi bien vendre votre cheval s'il gagne en compétition.
Important à savoir, tous les entiers ne sont pas des étalons. Pour etre étalon, un entier doit avoir été approuvé, ne vous faites pas avoir. Votre poulain ne serait qu'un simple amour de fond de prairie sans papier!

2.l'insémination

Lorsqu'enfin, dans la jungle des reproducteurs, vous avez sélectionné le votre, se pose la question du type de reproduction. Et là non plus ce n'est pas si simple: au naturel, en main, en frais, en réfrigéré, en congelé? Il faut faire le bon choix. La monte au naturel ou en liberté est de plus en plus rare et ceci pour deux raisons principales: la 1ère est qu'elle peut s'avérer dangereuse pour l'étalon qui peut prendre un mauvais coup par la jument, la 2ème est qu'un étalon très demandé ne pourrait pas satisfaire toutes les juments à lui tout seul, ni en nombre ni dans tous les lieux géographiques.

Pour éviter les accidents, on peut procéder à la monte en main qui consiste à entraver la jument pour ne pas qu'elle bouge et à tenir l'étalon en longe. Malgré les apparences, si c'est pile le bon moment, la jument est consentente.

Pour se simplifier la vie, on a mis au point une technique d'insémination artificielle qui fonctionne très bien. Pas aussi bien, malgré tout que la monte en liberté, mais les résultats sont cependant satisfaisants. Pour pratiquer l'insémination en frais, il faut que la jument soit à proximité de l'étalon: on l'utilise essentiellement lorsque la semence ne supporte pas les transports. L"insémination en réfrigéré est sûrement la plus pratique pour l'éleveur. La semence est refroidie après prélèvement et peut ainsi être transportée sur demande sur le lieu d'insémination. Quant à l'insémination en congelé, elle est plus contraignante et plus couteuse puisqu'il faut pratiquer des échographies pour déterminer le moment exacte ou la jument va ovuler.

La jument tombe en chaleur toutes les 3 semaines et celles-ci durent environ une semaine. Il faut donc, sauf pour l'IAC(congelé), aller tous les 2 jours faire inséminer la jument jusqu'à la fin des chaleurs. On laisse passer 15 jours, puis on retourne faire "souffler" la jument par l'étalon pour voir si elle retombe en chaleur. Si ce n'est pas le cas, on attend encore 15 jours et on pratique une échographie: la jument est pleine et on fera encore une autre écho 15 jours plus tard pour confirmation; la jument est vide et on recommence tout! On peut etre amené à recommencer plusieurs fois, et on peut faire toute la saison et rester avec une jument vide! Ce sont les mystères de la reproduction: une fois ça marche, une fois ça ne marche pas, et allez donc savoir pourquoi! Il faut donc être patient et prendre en compte le fait qu'il peut y avoir des ratés. Mais heureusement, il y a plus de réussite que d'échec. Pour mettre toutes les chances de son côté , il faut bien sur que la jument soit en bonne santé et en bon état.L'âge n'a pas d'importance si c'est une jument qui a déjà pouliné. Les premières inséminations peuvent commencer dès l'âge de 3 ans, mais s'il s'agit d'une jument de sport, on la fera concourrir avant de la mettre à la reproduction pour qu'elle prenne de la valeur si elle a des résultats en concours.

3.la grossesse

Après vient l'attente, une longue attente puisque la jument porte son petit durant plus de 11 mois. 11 mois 11 jours dit-on communément, mais bien-sûr c'est rare quand ça tombe le jour prévu, là aussi ce serait trop simple. Alors que faire pendant tout ce temps? Et bien pas grand chose si ce n'est bien entretenir sa poulinière, lui donner des compléments alimentaires surtout en fin de grossesse pour qu'elle ait du lait au moment venu. Car, contrairement à ce qu'on pourrait penser, la lactation se prépare avant la mise bas, pour s'entretenir après bien-sûr. Mais attention, surveillez le poids de votre jument: il ne faut pas qu'elle soit trop grosse pour ne pas compromettre la sortie du poulain. Pensez aussi à la vaccination contre la rhinopneumonie: ce serait dommage d'avoir fait tout ce travail pour perdre le foetus à cause d'une rhino. Voyez le protocole avec votre véto.

Le moment critique dans la grossesse, c'est vers 4-5 mois. La jument peut "couler", c'est-à-dire perdre son petit sans que l'on sache pourquoi. Passé ce cap, normalement, tout devrait aller bien jusqu'à la fin.

4.la mise-bas

Enfin, on y est, ou presque, car on a l'impression que plus on attend et moins ça vient! La fin de grossesse met en général nos nerfs à rude épreuve. Si le temps est bon, laissez votre jument en extérieur, elle aura ainsi tout l'espace nécessaire au bon déroulement des choses. Dans le cas contraire, rentrez-la, mais prévoyez un grand box. Passé 10mois et demi de grossesse, il faut commencer la surveillance de la mamelle: si du lait commence à s'écouler, la fin se rapproche. Mais ce n'est que lorsqu'une sorte de cire blanche apparait au bout des tétines que la mise-bas est imminente. Certaines juments vont se mettre à produire du lait un mois en avance, d'où l'attente interminable. Certaines ne montrent aucun signe avant-coureur et prennent leur propriétaire au dépourvu. Une chose est sûr, on ne laisse pas une jument prête à pouliner sans surveillance, et ce, jour et nuit. Le plus difficile est de savoir quand débuter cette surveillance. Passé 11 mois de grossesse, plus le choix, la surveillance doit être constante. Il n'y a pas de moments particuliers pour la mise-bas: elle peut se dérouler n'importe quand. Et le moment tant attendu arrive enfin! La jument se couche et, tout va très vite, tout doit aller très vite. Le poulain doit sortir le plus vite possible, en une quinzaine de minutes. Si vous ne voyez pas les deux antérieurs sortir en 1er, si la jument n'a pas l'air de pousser, enfin bref si vous avez l'impression que quoi que ce soit ne va pas, appelez le véto de toute urgence. N'hésitez pas en vous disant qu'il finira bien par sortir, car si ça traine de trop, vous risquez de perdre le poulain. Prévoyez 2 cordes pour pouvoir les attacher aux antérieurs pour tirer et un seau d'eau froide pour asperger le poulain si celui-ci est un peu dans les "vapes". Une pincée de gros sel à mettre sur la langue le fait bien réagir aussi. Le véto peut faire une piqure d'activateur cérébral en cas de besoin. Ne vous angoissez pas trop, la plupart du temps, les juments ont de la facilité à mettre bas. Ca y est, il est  là, quoi de plus émouvant que la naissance d'un poulain? Il est beau, il est forcément le plus beau puisque c'est le votre. Maintenant, il va falloir s'occuper de lui, mais ceci fera l'objet d'un autre article.
Pour conclure, vous l'aurez compris, faire naitre un poulain est une entreprise de longue haleine, mais croyez-moi, c'est passionnant. Cependant, vu le contexte économique, la difficulté de vendre un cheval en ce moment, le coût de la reproduction et d'entretien d'un cheval, il vaut mieux réfléchir à 2 fois avant d'entreprendre la démarche. De plus, créer une vie est une lourde responsabilité, un cheval vit longtemps et on ne sait pas ce que sera sa vie sur toute sa durée, s'il sera heureux constamment ou non. Dans ce contexte difficile, beaucoup de chevaux sont abandonnés à leur sort ou envoyés à l'abattoir, les associations croulent sous les cas de maltraitance de chevaux, il y a beaucoup d'équidés dans notre pays. Tout ça doit donner à réfléchir!

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